Introduction

Moustache, le constructeur français de cycles désormais populaire, nous a prêté l’espace de quelques heures la nouvelle version de son speedbike, le Friday 27 FS Speed. De quoi se donner quelques sensations, du portefeuille à la route.

Avoir la banane, c’est ce qui pourrait définir l’utilisation d’un speedbike (ou S-Pedelec, c’est selon), un vélo dont l’assistance électrique peut vous aider jusqu’à 45 km/h, là où les VAE traditionnels s’arrêtent à 25 km/h. Une chouette solution pour ceux qui font plusieurs dizaines de kilomètres quotidiens, mais que l’irrégularité récurrente des transports en commun stresse, et pour lesquels prendre la voiture est inenvisageable.

C’est là que le Moustache Friday 27 FS Speed pourrait vous sauver. Pourrait, car comme vous aller le voir, conduire en speedbike en France (et en Europe d’ailleurs) est loin d’être simple.

Le concept du Speedbike

Un speedbike est un vélo dont le moteur électrique vous assiste jusqu’à 45 km/h. Alors, levons de suite les idées reçues : il faut d’abord pédaler. Ensuite, si à la différence d’un VAE classique bridé à 25 km/h, le speedbike vous aide très aisément jusqu’à 32 km/h, il faut ensuite cravacher et taper dans les cuisses pour atteindre les 45 km/h.

Par conséquent, vous vous doutez bien que ce vélo plus rapide dispose d’une conception différente : le cadre, la transmission et les fourches sont renforcés, les freins sont plus puissants, plus endurants et plus gros, les pneus offrent beaucoup plus de gomme et une taille plus haute. Pourquoi ? Parce que l’énergie augmente en fonction du carré de la vitesse.

Autre point important : le VAE traditionnel permet de dépasser 25 km/h. Nous avons d’ailleurs essayé certains modèles assez légers qui permettent de pédaler aisément jusqu’à 35 km/h, l’assistance désactivée à 25 km/h ne faisant pas défaut. Pour le speedbike, les 45 km/h seront quasi impossibles à dépasser sur du plat et encore moins en monté. Le vélo est plus lourd, l’énergie demandée pour passer de 45 à 50 km/h est donc colossale.

Fort de ce constat, on peut presque appréhender le speedbike. Presque, car il manque un détail et non des moindres : la législation. En effet, les speedbikes sont considérés comme des cyclomoteurs de catégorie L1 (donc équivalents à des scooters 50 cm3) et nécessitent au minimum le BSR, un casque homologué, des gants, une plaque d’immatriculation et forcément l’assurance qui va bien.

En contrepartie, on dispose d’un rétroviseur, de feux de stop et d’un vrai klaxon, d’un double éclairage composé de feux diurnes ainsi que de feux nocturnes puissants et de l’interdiction d’emprunter les voies cyclables. Oui, vous avez bien lu ! Ce vélo ne peut pas circuler sur les pistes cyclables. Il faut donc évoluer au milieu d’un trafic composé de voitures, camionnettes de livraison, motos, scooters, camions, etc. De quoi faire relativiser l’interdiction de fixer un siège enfant à l’arrière.

Les caractéristiques techniques du Moustache Friday 27 FS Speed

Pour encaisser les contraintes, Moustache a passé un Samedi 27 FS5 aux stéroïdes pour un résultat rapide et furieux. Au programme : des freins Magura MT4N, hydraulique évidemment avec un disque de 203 mm à l’avant et 180 mm à l’arrière, un cadre renforcé toujours en aluminium, un dérailleur Shimano XT RD-M8000 GS à 11 vitesses associé à une cassette Sunrace 11-40. Il y a bien des porte-bagages, mais évidemment pas de porte-enfant. Le vélo est tout suspendu avec un amortisseur maison Moustache offrant 100 mm de débattement au centre et une Suntour Mobie 45 Air à l’arrière. Enfin, la selle Brooks vient parachever l’ensemble.

Le modèle testé était à double batterie pour un total de 1125 Wh (500 + 625), dont l’une est intégrée (mais amovible tout de même) et l’autre situé à l’extérieur. Concrètement, avec un bonhomme de 100 kg dessus, comptez 100 km d’autonomie en mode Turbo constamment activé. Enfin, les pneus sont des Schwalbe Super Moto-X (parce qu’il n’y a rien d’autre d’aussi bien pour cette catégorie).

Pour rentrer plus tôt le vendredi comme les autres jours

Le Friday 27 FS Speed est très similaire au Samedi 27 FS Road que nous avions testé : grosses gommes, cadre tout suspendu avec une fourche identique à l’avant, dans un style SUVélo prêt à tout affronter avec vous dessus.

Le speedbike adopte toutefois une position de conduite plus inclinée et une approche plus dynamique. Le vélo en lui-même est réussi en tous points, ce qui, pour les 7200 euros demandés est tout à fait normal, mais à souligner. On apprécie par exemple ce cadre bien dessiné qui place le cycliste dans une position très bien équilibrée, ni trop droite (confortable, mais imprécise), ni trop axée vers le cintre, forçant sur les bras. On ne pourra retirer à Moustache sa capacité à sortir des cadres alu aux petits oignons, qui valent mille fois un carbone mal pensé.

Le cintre droit s’inscrit dans la logique du commuter et sur la selle, on prend plaisir.

Si la vitesse est systématiquement évoquée, on en oublie qu’on est zen sur un vélo, à la différence d’un scooter par exemple.

Si la vitesse est systématiquement évoquée, on en oublie qu’on est zen sur un vélo, à la différence d’un scooter par exemple.

La puissance du speedbike est moins violente que je ne l’imaginais. L’accélération est progressive, linéaire. L’effort demandé est le même que pour un VAE traditionnel. Sauf que sur le speedbike, l’assistance vous aide de cette façon jusqu’à environ 32 km/h (qui est la vitesse limite des VAE aux USA). Ensuite, le vélo demandera un peu plus d’effort pour atteindre les 40 km/h et enfin, encore plus d’efforts pour atteindre les 45 km/h.

D’ailleurs, à propos de l’énergie demandée : dans la mesure où l’assistance est présente jusqu’à 45 km/h, le vélo sera tout le temps en train de faire appel au moteur et donc de tirer sur la batterie. Ce n’est pas le cas d’un VAE classique dont le moteur se coupe au-delà de 25 km/h. Ceci implique que la consommation d’un speedbike sera plus élevée à cause de la demande de puissance plus importante et d’une sollicitation non-stop du moteur.

Les autres modifications apportées au vélo ne sont pas vraiment perceptibles. Les freins font aussi bien le travail et la sensation de vitesse est certes grisante, mais pas extraordinaire si vous avez l’habitude de vous déplacer sur un vélo « sec » léger.

La prise en main en milieu urbain

Conduire ce 27 FS Speed revient à manger un délicieux repas sur le pouce, debout dans un métro. Le vélo en lui-même est probablement la quintessence du vélo à assistance électrique urbain. La selle Brooks (qui une fois faite sera d’un confort remarquable) est aidée par un double système de suspension fonctionnant de concert. Il y a également un énorme travail effectué par les pneumatiques. Enfin, la géométrie du cadre répartit parfaitement le poids pour un équilibre parfait. Tout ceci en fait une monture capable de s’affranchir des conditions urbaines comme périurbaines et même des routes endommagées et sinueuses.

On peut enchaîner les bornes dans un confort rare. On pédale avec aisance, le cœur oscille entre 95 et 105 battements par minute, soit le rythme idéal pour un exercice quotidien, prouvant ainsi que même le speedbike permet de faire du sport. L’air fait du bien, mais les lunettes ne sont vraiment pas de trop. Les freins ont du mordant et offrent une belle progressivité. On se dit qu’on tient là l’engin de déplacement urbain idéal. Celui qui, si on empruntait les voies cyclables, permettrait de réduire considérablement le temps de trajet.

D’ailleurs, le vélo met en confiance et on se sent en sécurité dessus. On a un combo idéal cumulant plaisir, efficacité, sécurité, gain de temps et apaisement.

Cela dit, les 45 km/h promis ne sont pas si simples à tenir ni à atteindre d’ailleurs. Ainsi, si vous comptiez rouler à la vitesse maximum sans transpirer, vous vous trompez lourdement. Votre vitesse oscillera entre 28 km/h et 35 km/h. Mais ça n’enlève rien au plaisir de chevaucher une telle monture, car jusqu’à présent, vous roulez tranquillement sur une route dégagée et calme.

Puis, tel un beau rêve dont vous extirpe votre réveil, vous vous retrouvez à arpenter la route, non comme un cycliste, mais comme un motard.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’un cycliste a cette chance de pouvoir jongler entre la route et les infrastructures dédiées. Parce qu’un cycliste bénéficie de plus en plus d’espaces prévus pour lui ou pour elle. Or, ce n’est légalement pas possible ici. Vous ne pouvez pas prendre la voie cyclable. Et le pire dans tout cela, c’est que personne, ni les cyclistes, ni les automobilistes, ni même les forces de l’ordre ne comprennent pourquoi il y a une plaque sur votre vélo et ce que vous faites au milieu de la route alors que la voie cyclable à 20 cm de vous est totalement libre.

En quelques heures d’utilisation, j’ai essuyé klaxons, queues de poisson, accélérations brutales avec les gaz d’échappement pleins les narines et, surtout, frôlages à quelques centimètres lors de dépassements.

À partir de là, un dilemme se pose. Enfreindre la loi, prendre la voie cyclable, rester raisonnable et payer une assurance (sur laquelle nous reviendrons) sans être couvert par elle. Ou respecter la législation et tenter de survivre au milieu de véhicules, ajoutant une bonne dose d’énervements supplémentaires auprès des conducteurs déjà bien stressés et très souvent (trop souvent) pressés.

Vous pensez certainement que la première solution est la bonne. C’est normal. Mais ce n’est pas si simple, notamment à cause de l’assurance.

Une assurance plus contraignante qu’autre chose

Comme tout speedbike, le Moustache Friday FS Speed 27 impose de souscrire à une assurance dédiée. La raison évoquée est la vitesse maximum d’assistance de 45 km/h alors que nous avons vu plus haut que vous n’irez que ponctuellement à une telle allure. D’autant que sur un vélo sans assistance et sans moteur, cette vitesse est atteignable. Certes avec effort, certes avec un bon cardio pour la tenir plusieurs minutes, mais elle reste atteignable et elle n’empêche pas les vélos de route d’évoluer sur les pistes cyclables.

Mais revenons à notre assurance. Il y a quelques années, assurer un speedbike était un parcours du combattant avec une poignée de compagnies proposant ce service et le faisant à des prix frôlant ceux d’une moto de 600 cm3 de type roadster.

Aujourd’hui, le choix est un peu plus large, mais le speedbike n’a pas l’image du vélo dans les formulaires administratifs. C’est un cyclomoteur. Il est donc logé à la même enseigne qu’un scooter dont l’effort nécessaire pour atteindre 45 km/h consiste à bouger un peu le poignet. Enfin, pas tout à fait : le scooter, lui, peut être assuré en formule « tous risques ». Ce n’est pas le cas du speebike auprès de certaines assurances.

Ainsi, si le vol, les dégâts corporels et le tiers (dans son ensemble, humain et véhicule) sont pris en charge, votre vélo, lui, ne l’est pas ! Donc en cas d’accident responsable, même assuré, point de salut : votre monture à 7199 euros finira soit en réparation à vos frais, soit à la casse.

On tiendrait presque une solution idéale

Je repense à notre insertion entre quatre voies en ville avec trois embranchements. Toutes limitées à 50 km/h et sur lesquelles nous étions comme des intrus. Des vélos qui se suivaient avec des plaques au milieu d’une circulation dense dont les voies d’insertion permettaient de changer rapidement de file pour prendre la bonne direction. J’étais habitué de ces situations, mais sur un vélo classique, dénué de plaque, plus fin.

Ce fut tout le problème : personne n’avait la moindre idée de pourquoi nous étions là. Ni la police, ni les automobilistes, ni les motards, ni même ce jeune à vélo qui hallucinait sur la taille des plaques à l’arrière. Dommage, car ce moment n’a représenté que 10 % à peine d’un long trajet de pur plaisir. Je repensais aux 50 km quotidiens que je faisais pour aller travailler pendant des années, sans assistance. Je pensais à la fatigue, au froid, aux jours sans, à la flemme. Je me disais qu’à cette époque, un tel engin m’aurait aidé à gagner du temps, en m’offrant ce plaisir de faire du vélo, de pédaler et prendre l’air.

Au-delà du problème d’être systématiquement sur la route, c’est l’impossibilité de prendre des pistes dédiées au vélo qui pose problème, nous obligeant à emprunter des détours et perdre ce gain de temps offert par un vélo vendu 7199 euros.

En définitive, cet essai de La Défense à Versailles aura été une excellente expérience, aussi enthousiasmante qu’instructive. Mais il faudrait utiliser ce type de vélo quotidiennement pendant au moins 8 mois, essuyer les saisons, le climat et les pandémies pour en conclure si oui ou non, il est possible de rentrer dans ses frais et si les contraintes sont trop pesantes.

En attendant, ce marché de niche poursuit son chemin, sans réellement percer. Une étude de l’ADEME et du cabinet 6T révélait en 2020 que ce type de vélo pourrait à terme séduire 2 % des actifs.

Dommage, car pour bon nombre de banlieusards, les speedbikes seraient une alternative aux transports comme le RER, permettant de couvrir des distances pour lesquelles les vélos secs et VAE classiques sont trop lents. Mais tant que la législation ne change pas, les scooters électriques seront favorisés, à juste titre.

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