TousAntiCovid a franchi la barre des 10 millions de téléchargements (enregistrements nets). La nouvelle application française pour le traçage des contacts rencontre un bien meilleur succès que StopCovid. Mais son utilité dans la gestion sanitaire reste à constater.

Qu’il est loin le temps où StopCovid avait péniblement atteint la barre des 2,5 millions de téléchargements en presque cinq mois d’activité. La « nouvelle » application qui a pris le relais depuis le 22 octobre, TousAntiCovid, aura réussi à faire bien mieux dans un délai beaucoup plus court. À peine plus d’un mois après, la barre des 10 millions d’activations vient d’être franchie, le 28 novembre.

C’est le Premier ministre, Jean Castex, qui a annoncé la nouvelle sur Twitter. « 10 millions de téléchargements : plus d’un Français sur six a déjà installé TousAntiCovid ! », s’est-il félicité, avant d’inviter le reste de la population à télécharger aussi l’application mobile. « C’est un maillon essentiel de notre stratégie pour nous protéger et protéger nos proches », a-t-il fait valoir.

Quelques écrans présentant les services de TousAntiCovid. // Source : App Store

Ces 10 millions de téléchargements constituent en fait le nombre de personnes qui ont téléchargé et activé l’application — TousAntiCovid parle d’enregistrements nets. Il faut toutefois souligner une subtilité : ces statistiques incluent aussi les téléchargements qui sont survenus du temps de StopCovid, dont la carrière a débuté le 2 juin. Dès lors, la part de TousAntiCovid ne représente « que » 7,5 millions environ.

Cette répartition entre StopCovid et TousAntiCovid doit être lue avec prudence, car l’audience finale de StopCovid n’est pas très claire. Les dernières indications sur son nombre de téléchargements datent  de fin juillet — même si elle semble ne pas avoir vraiment bougé depuis, à en croire un rapport daté de septembre du comité de contrôle et de liaison Covid-19.

Un succès bien supérieur à StopCovid

Il n’empêche que la carrière opérationnelle de TousAntiCovid est bien meilleure que celle de StopCovid. La nouvelle version de l’application de traçage des contacts a connu un meilleur démarrage que sa prédécesseure, signe à la fois d’une plus grande acceptabilité de l’outil auprès des personnes hésitantes ou circonspectes, mais aussi d’une visibilité accrue auprès de celles et ceux qui n’en avaient pas entendu parler.

Le bon démarrage de TousAntiCovid est à mettre sur le compte de plusieurs facteurs, dont la curiosité pour cette nouvelle application (les différences sont en fait minces), et le fait que la situation sanitaire soit préoccupante en France, et que la communication officielle a fait de TousAntiCovid un geste barrière officiel, en plus de la présence de statistiques sur l’épidémie de coronavirus.

L’ajout de services périphériques a aussi beaucoup contribué à son succès : en effet, il est possible de générer des attestations de sortie dans TousAntiCovid (les autres alternatives demeurent toujours valides), d’obtenir des actualités sur la maladie, de visualiser l’état de l’épidémie en France, mais aussi de connaître la situation plus près de chez soi, à l’échelon régional ou départemental, et de rappeler les gestes barrières.

L’application permet d’obtenir des informations sanitaires au niveau local.

Si le gouvernement se félicite de l’accueil bien plus chaleureux que le public a réservé à TousAntiCovid, une grande discrétion est aujourd’hui observée sur les désinstallations. Cette statistique n’est pas mentionnée dans l’application. Concernant StopCovid, elle a été évaluée à 700 000. TousAntiCovid y est aussi forcément confrontée, mais il est impossible d’estimer actuellement l’ampleur du désintérêt pour ce programme.

Outre les téléchargements, l’application renseigne d’autres chiffres clés : le nombre de personnes notifiées par l’application, le nombre de cas de Covid-19 déclarés dans l’application, ainsi qu’une série de données épidémiologiques : les nouveaux cas, la tension des réanimations, le nombre de patients en réanimation, les nouvelles arrivées, le R effectif, le taux d’incidence, le taux de positivité et les cas positifs à J-3.

Cela étant, l’application souffre toujours d’un certain nombre de limites.Le fonctionnement demeure imparfait, notamment sur iOS, du fait de certaines limites et faiblesses du signal sans fil — il s’agit d’une liaison Bluetooth entre deux smartphones — qui calcule la proximité entre deux personnes selon des critères de temps et de distance (ceux-ci ont été révisés fin novembre).

Par ailleurs, l‘application n’est toujours pas compatible avec les autres apps de contact tracing en Europe. L’isolement de la France sur ce terrain fait qu’il y a un énorme trou dans la raquette pour l’interopérabilité et, par conséquent, pour le suivi des personnes malades et le signalement au public entre pays de l’Union européenne. C’est un souci pour le suivi transfrontalier. L’Europe, d’ailleurs, le regrette.

Le but de l’exécutif est d’ atteindre le seuil des 15 millions, comme le répète souvent Cédric O, le secrétaire d’État en charge du numérique. Cela correspondra à 20 % de la population et, selon les modèles de l’INSERM, cela aura alors un « impact extrêmement significatif en termes de ralentissement de la propagation de l’épidémie ». Voilà pour la théorie. En pratique, cela reste à vérifier.

Bientôt 10M d’utilisateurs de #TousAntiCovid mais @cedric_o vise au moins 15M, pourquoi ? #TechCo pic.twitter.com/VQOffzKUlD

— Sébastien Couasnon (@SCouasnonBFM) November 20, 2020

Un impact sanitaire qui reste à démontrer

Mais au-delà des chiffres et de ce qu’ils recouvrent, la vraie question sera de savoir si cette nouvelle version de l’application de contact tracing aura une efficacité épidémiologique — car c’est là le vrai enjeu de TousAntiCovid : qu’elle serve à épauler les brigades sanitaires dans la remontée des chaînes de contamination. Or jusqu’à présent, le choix de mobiliser des outils high tech n’a pas été décisif, en Europe du moins. Et cela, même pour des apps qui ont été téléchargées des millions de fois.

Pour avoir un tel impact, l’application TousAntiCovid doit être utilisée correctement en temps et en heure. Or, comme nous l’avions déjà fait remarquer du temps de StopCovid, il y a une ribambelle de conditions préalables à respecter pour que ce traçage des contacts numérique fonctionne. Par exemple, il faut avoir un smartphone. Tout bêtement. Or, il y a en France une personne sur quatre qui n’en a pas.

L’efficacité du  contact tracing par des outils numériques reste à démontrer dans le  cadre de la stratégie sanitaire. // Source : Claire Braikeh pour Numerama

Jusqu’à présent, la proximité avec un tiers est validée quand la distance est d’un mètre ou moins et pendant 15 min — mais de nouveaux critères ont été annoncés : les personnes restées « à une distance inférieure ou égale à 1 mètre pendant 5 min  » d’un usager déclaré positif au Covid-19. et celles restées « à une distance supérieure à 1 mètre et inférieure ou égale à 2 mètres pendant 15 min » d’un usager malade.

Et surtout : quels sont les scénarios dans lesquels ces critères sont validés le plus souvent ? Sans doute ceux qui impliquent des proches, c’est-à-dire les personnes avec qui l’on vit sous le même toit. Or, à quoi sert ici l’application mobile ? Si l’on se découvre malade, c’est de vive voix que l’on annoncera sa situation, ou peut-être par coup de fil, par mail ou même via un message sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, si vous avez été testé positif au coronavirus, l’usage de l’application ne suffira pas pour aider à faire du traçage de contacts (et à rien si vous installez TousAntiCovid juste pour vous déclarer positif au Covid-19). Vous devrez aussi prévenir l’Assurance Maladie, qui fait du traçage des contacts plus artisanal, par téléphone, via un fichier séparé. Dès lors, le rôle sanitaire de l’application est encore plus restreint.

Mais au moins, il peut vous faire avoir un burger moins cher.

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